Allons partout où nous ne sommes pas attendus
Peu de lignes dans les journaux, encore moins à la télé, mais la grève dans les facs, c’est plus d'une vingtaine d' universités bloquées en France. De Marseille à Brest, de Strasbourg à Pau, les étudiants ont stoppé les cours et se sont réappropriés leurs locaux. A Rennes 2, ça fait 4 semaines qu’on est en grève. Mais plus que les derniers décrets, c’est toute la politique de l’éducation qu’on veut revoir, et peut-être même celle du gouvernement… Nous avons donc pris le temps et les lieux pour nous organiser.
Nous avons créé Rennes Troie, une fac alternative, pour expérimenter une autre façon de partager le savoir et la grève. On refuse de se voir imposer des savants et autres marchands d’idées prémâchées : les professionnels de la lutte comme les professionnels du savoir. Et chacun est à même d’amener sa pierre à l’édifice, de construire Rennes Troie. Nous disons que le savoir n’est pas dans la tête de quelques universitaires, mais qu’il peut surgir partout, et dans la tête de n’importe qui, à travers l’expérience de chacun. Qu’il n’est pas moins légitime que le savoir du prof et de « l'expert ». Ce qui compte avant tout, c’est de le mettre en commun, comme un premier pas vers l’éclatement des barrières sociales qui nous divisent. Remémorons-nous ces quelques mots qu’un certain Nicolas S. a un jour dit : «ce que je redoute le plus, c’est la jonction entre le monde étudiant et celui des banlieusards». Ce que le gouvernement craint par dessus tout, c’est donc qu’on s’unisse, qu’on partage nos luttes et nos colères. Nous ne voulons pas tomber dans le piège du « diviser pour mieux régner ». Allons encore plus loin que ce qu’il craint. Créons de l’inattendu. Là est notre force.
Que nous soyons, ouvrier, cadre, intérimaire, chômeurs, squatteurs ou retraités, etc. nous avons tous à apprendre des uns des autres. Partager des idées, des techniques et des pratiques qui font de la connaissance une arme pour transformer ce monde. Et réaliser que le savoir ne s’arrête pas aux murs de la fac. Voilà le fonctionnement qu’on propose : dans un premier temps, n’importe qui peut lancer un atelier pratique, une conférence, un film, un jeu, une bouffe…. Il suffit de mettre son idée sur le tableau d’affichage, en précisant le lieu et le créneau désiré. Ceci afin de favoriser la spontanéité et les prises d’initiatives. Par exemple on a déjà eu un débat autour des films La Haine, La Jetée, ou encore les révoltes en Kabylie, construit un four à pain, mis en place une conférence sur la résistance en Palestine et bien d’autres choses encore. Aussi, pour faire en sorte d’inscrire Rennes Troie dans la durée, des commissions (ouvertes à tous) sont constituées où des groupes se forment, afin de mettre en place des projets sur le long terme. C’est le cas pour les ateliers de création collective (tous les matins à 9h), le séminaire sur la Médecine, le Communisme, l’Immigration, etc. Enfin, pour que ces échanges ne se limitent pas aux murs de la fac, Rennes Troie à vocation à s’ouvrir vers l’extérieur, MJC, bars, salles publiques : aller partout où nous ne sommes pas attendu...
Contrairement aux idées reçues, la grève c’est pas juste s’arrêter de travailler ou d’étudier. Bien plus qu’un simple arrêt ou un blocage, c’est la mise en marche d’une force créative et collective, qui se bat contre la mise au pas de ce monde. A nous de bâtir cette puissance commune que le Pouvoir veut à tout prix enterrer !
LONGUE VIE A RENNES TROIE !
Le 10 mars 2009
http://rennes-troie.open-web.fr/