Art Réseaux Mondialisation

Identités individuelles / Identités collectives

Jean-Claude Moineau

On a trop généralement posé la question de la globalisation —si tant est que la globalisation soit un concept et ne relève pas de la simple doxa— en termes simplement d'homogénéisation. Ce alors que la globalisation produit tout autant des effets d'hétérogénéisation que d'homogénéisation. Mais la doxa, c'est la globalisation comme facteur d'unification, et à ça on a pu chercher à opposer la quête identitaire, ou plutôt les quêtes identitaires au pluriel, puisque, depuis le dix-huitième siècle germanique, a toujours été opposée la plurialité des cultures à l'unicité de la civilisation. Et donc on a pu constater que la globalisation s'accompagnait d'une renaissance, même si ce n'est pas vraiment une renaissance, d'un nouvel essor, des questions d'identité culturelle.

Ainsi nos œuvres d’art ont droit de cité

Aminata Traoré

Musée du Quai Branly : « Ainsi nos œuvres d’art ont droit de cité là où nous sommes, dans l’ensemble, interdits de séjour »

Talents et compétences président donc au tri des candidats africains à l’immigration en France selon la loi Sarkozy dite de « l’immigration choisie » qui a été votée en mai 2006 par l’Assemblée nationale française. Le ministre français de l’Intérieur s’est offert le luxe de venir nous le signifier, en Afrique, en invitant nos gouvernants à jouer le rôle de geôliers de la « racaille » dont la France ne veut plus sur son sol.

X Notes sur la Pratique : Structures et Infiltrations persistantes dans un Monde en Réseaux

Raqs Média Collective

I. La figure de l'artisan

La figure de l'artisan est à la charnière de la modernité, figure polarisée du précapitalisme industriel par celles de la servitude et de la créativité, du travail et de l'art, et porteuse des fondements de la transformation des occupations en professions, de la notion d'autonomie en création. Elle fabrique et échange des objets et des savoirs, non pas selon le modèle industriel ni celui de la valeur ajoutée de l'oeuvre unique, mais selon la valeur d'usage à l'intérieur d'un réseau de communautés dense.

Sortir de la grille

Coco Fusco

Sortir de la grille, Reflexions sur les cartes et la logique de l'espace dans le présent globalisé

La théorie des nouveaux média a mis à la mode les termes "cartographie", "frontières", "hacking", "trans-nationalisme", "espaces de l'identité", etc. en une apologie des réseaux - un mot fourre-tout pour parler des modes de communication et d'échange facilités par l'Internet.

Nous devrions faire usage de cette terminologie avec plus d'attention parce qu'elle accorde une suprématie stratégique à l'espace et réduit simultanément celle du temps, c.-à-d., de l'histoire. Elle fait impasse également sur des catégories de différence incorporées telles que la race, le genre et la classe, et nous empêche ainsi de comprendre comment le développement historique de ces différences a contribué à la construction de notre vision contemporaine du monde.

De l'art total à l'art global

Jean-Claude Moineau

Si « art total », de la fantasmagorie wagnérienne au fantasmatique et impudent « tout est art », rimait avec totalitarisme, l’art global le glob’art— est désormais celui de la démocratie post-totalitaire planétaire et de ce nouvel oxymore qu’est la révolution conservatrice.

L’art global n’est pas tant un art intégral qu’un art intégralement intégré, ayant abandonné —après l’échec de ce qu’il pouvait encore y avoir de velléité critique dans le post-modernisme— toute dimension critique, s’appliquant sans relâche à faire passer toute visée critique pour réactive.

Comment se construire ?

Jean-Claude Moineau

« Comment se construire une identité méditerranéenne ».

Pourquoi La Méditerranée ?

Sans doute la Méditerranée a-t-elle constitué historiquement pendant longtemps un pôle important, ce que Fernand Braudel1 a appelé l’ « économie-monde méditerranéenne ». Notion d’ « économie monde » utilisée tant par Fernand Braudel que par Immanuel Wallerstein2, quelles que soient les petites différences qu’il peut y avoir entre les deux, mais qui ne s’identifie en aucune sorte pour autant à une économie mondiale, l’économe n’étant pas alors mondialisée, pas plus que l’art ou la culture. Une économe-monde ne met jamais en jeu qu’un fragment de l’univers, un morceau de la planète, économiquement autonome (un peu à la façon de ce que, sur le plan culturel, sera le fragment-hérisson du romantisme d’Iéna), capable pour l’essentiel de se suffire à lui-même, et auquel ses liaisons et échanges intérieurs confère une certaine unité « organique ».

L'art à l'ère de la globalisation

Jean-Claude Moineau

Rien, sans doute, ne saurait désormais échapper à la globalisation, l’art pas plus que le reste. Il n’y a pas de reste. La globalisation est en effet globale. Le monde de l’art au sens d’Howard Becker est désormais effectivement mondial, même si l’art n’a bien entendu pas attendu l’époque actuelle pour s’internationaliser, si l’art a toujours eu vocation internationale. Ce qui pose, en art comme ailleurs, la question de la pertinence du concept de globalisation, si concept il y a : concept, pseudo-concept, ou « concept spontané » ? Comme toujours, en matière historique, continuité ou discontinuité ?

Fadaiat Observatoire Technologique du Détroit

Pour nous, le détroit de Gibraltar est un territoire-miroir des transformations du monde actuelles : globalisation, migrations, frontières, citoyenneté, société en réseau, communication, technologies... La frontière est un site de croisements, d'où se déploie un territoire extensif de la vie en prise sur la mobilité et où les pratiques sociales contredisent les limites imposées. De nouveaux espaces et de nouvelles relations émergent de là et au travers de la frontière entre l'Europe méridionale et l'Afrique du Nord.

0. CONTEXTE

0.1. TERRITOIRE MADIAQ : NOUVELLES GEOGRAPHIES

D'un point de vue géographique, nous sommes dans un espace de transition : entre l'Afrique et l'Europe, la Méditerranée et l'Atlantique ; un espace qui sépare et connecte, perméable aux fluxs continus de la vie.

Contre-géographie

Ursula Biemann

Giovanna Zapperi - J'ai des questions à te poser par rapport à ton travail en général, des choses que j'aimerais te demander après avoir lu tes textes et vu tes travaux. Il s'agît plutôt de trois choses. Un c'est comment la géographie produit l'idéologie en étant un moyen puissant de produire une image du monde, puis je voudrais savoir comment tu articule féminisme et théorie post-coloniale, et également quel est ton positionnement face aux femmes avec qui tu travaille.

Musées réflechissants, L'art au miroir de l'économie politique

Brian Holmes

Qu'est-ce qu'un musée produit ? On se pose la question devant la nouvelle Tate Modern ­ une vaste usine reconvertie à l'usage artistique. Le visiteur peut entrer par une petite porte, du côté de la Tamise. Là, pendant l'exposition "Century City", il se trouve confronté à une sorte de présentoir métallique, à la présence implacable, quasi-administrative. Trois panneaux reliés à un axe central font le tour de ses intérrogations. Il lit, par exemple, ceci :

A travers des publics toujours plus grands ­ recherchés impérativement par les bailleurs de fonds selon une vague idéologie de classes populaires et multiethniques ­ les musées forment un nouveau genre de citoyens pour la société de l'information. (…) L'éducation culturelle est désormais nécessaire parce qu'une pensée et une personnalité flexibles sont des compétences vitales dans la société hyperfluide du travail et de la consommation.