Fadaiat Observatoire Technologique du Détroit

Pour nous, le détroit de Gibraltar est un territoire-miroir des transformations du monde actuelles : globalisation, migrations, frontières, citoyenneté, société en réseau, communication, technologies... La frontière est un site de croisements, d'où se déploie un territoire extensif de la vie en prise sur la mobilité et où les pratiques sociales contredisent les limites imposées. De nouveaux espaces et de nouvelles relations émergent de là et au travers de la frontière entre l'Europe méridionale et l'Afrique du Nord.

0. CONTEXTE

0.1. TERRITOIRE MADIAQ : NOUVELLES GEOGRAPHIES

D'un point de vue géographique, nous sommes dans un espace de transition : entre l'Afrique et l'Europe, la Méditerranée et l'Atlantique ; un espace qui sépare et connecte, perméable aux fluxs continus de la vie. Aujourd'hui ici s'accomplit la performativité de la frontière, physique et mentale, divisant le légal de l'illégal, comme la ligne d'un plis qui sépare le monde en deux. Mais les zones frontalières sont des territoires habités qui ne sauraient être réduites aux lignes d'une carte. Ce sont des espaces de mélange et d'échange à haute intensité dynamique qui génèrent une gradation des espaces partagés, où le passage prévaut sur la frontière. Traverser ces frontières, c'est se déplacer physiquement d'un point à un autre, mais plus encore, c'est engager une transformation, des devenirs-autres.

Espaces de mouvement et espaces en mouvement ; où la modernité capitaliste prend sa vitesse et se développe par-delà toutes frontières. Comme le far ouest, destruction et colonisation, mais également espace ouvert sur la force de création de l'exil. Il y a là une unicité contradictoire, du capitalisme et de ceux qui en fuient les chaînes pour créer (et se créer) un monde libre. Notre modernité créé ses propres frontières toujours mobiles, à la recherche de l'autre : à l'extérieur et à l'intérieur - de la subjectivité, de nous-mêmes, d'un pluriel.

A l'abstraction planificatrice de la frontière s'opposent des idées qui gagnent du terrain comme un virus contagieux : de là provient le projet Madiaq. Là, à ce noeud où convergent mers, terres... et multitudes ; par-dessus ce fossé devenu mortellement dangereux, nous construisons un territoire multiple, à la fois géographique et infographique, social et technologique, qui se prolonge indéfiniment dans plusieurs directions : au Sud et au Nord, dans la profondeur des corps et dans la sphêre immatérielle des mots qui n'ont pas de propriétaires.

Les cartes reproduisent des réalités territoriales et les construisent ; elles sont dans nos imaginaires construites comme des savoirs, que nos parcours recréent sans cesse. Certains s'en sont faits les gardiens et les geoliers, ignorance, bétise, de la citoyenneté comme clientélisme. Nous nous opposons à la reproduction sans fin de ces discours, et proposons une cartographie vivante continuellement en train de se faire, toujours différente. Tentatives, explorations qui nous concernent tous, parce que ces lignes et ces frontières se croisent en nous.

0.2. LA FABRIQUE DE LA FRONTIERE : MIGRATION ET TRAVAIL

Le détroit de Gibraltar est un territoire-laboratoire du monde contemporain. De multiples processus y coexistent et s'y combinent dans lesquels migration et travail sont les aspects clefs au travers desquels il est possible d'en comprendre les transformations. Cette enclave, point d'entrée naturellement admis de l'Afrique vers l'Europe, ouvre sur un abîme, un paradoxe de l'ordre geo-économique global. Distance géographique minimum, distance entre niveaux de richesse et modes de vie maximum.

Nous témoignons de l'expérimentation du contrôle des mouvements migratoires et de l'émergence d'un champ conflictuel souterrain créé par l'autonomie des migrations.

D'une part, l'escalade des systèmes de contrôle (S.I.V.E, investissements dans le développement des technologies de surveillance, militarisation, coordination supranationale), l'externalisation des frontières aux pays tiers (nouveau rôle stratégique des pays de transit, nouveaux investissements dans leur bonne gestion, construction de nouveaux centres de détention destinés aux migrants à l'extérieur de la zone de Schengen) ; et le développement d'une économie frontalière, c'est-à-dire, le "devenir-productif" de la zone frontalière. Ici, l'arrivée des compagnies espagnoles et européennes dans le Maghreb (textiles, télécommunications, services, agriculture, etc...) et la consolidation des industries de production existantes en raison de leur proximité de la zone frontalière et l'utilisation du travail migrant (industrie du médicament à Ceuta et Melilla, agriculture intensive Huelva et à Almeria, etc..) sont certains des éléments qui montrent les intérêts qui se croisent dans la fabrique de la frontière.

D'autre part, une géométrie complexe et changeante s'oppose à ce système de contrôle rigide, marqué par les mouvements migratoires. Ils sont des mouvements sociaux et des expressions de parcours uniques dessinés à partir des projets de vie individuels qui échappent aux limitations par le contrôle, et transforment la mobilité en élément d'affirmation de la dignité des conditions de la vie. Soit les migrants en transit par le Maroc, les campements provisoires et les espaces autogérés, les sit-ins et les mobilisations pour le droit aux droits, les organisations syndicales à Huelva et Almeria. Tout ceci ne peut être considéré comme une conséquence de déséquilibres structuraux d'un système-monde, quand ceux-là se lèvent en tant que sujets politiques avec des demandes spécifiques qui remettent en cause le modèle de la citoyenneté européenne au 21ème siècle.

Ces dernières années, nous avons essayé d'attirer l'attention et d'expliquer le fait que le système des frontières ne peut pas être réduit simplement à la fonction d'un contrôle des mouvements migratoires. La métaphore de l'Europe Forteresse ouvre grand la voie à une image d'une frontière poreuse et sélective qui est la tentative d'insertion des mouvements migratoires dans des circuits de production spécifiques. La place centrale qu'occupent les mouvements migratoires nous donne des clefs pour comprendre les transformations principales qui affectent le marché du travail, et la notion même de la citoyenneté, dans l'aire européenne. Les caractéristiques du travail migrant (mobilité intense, temporarité, contrat informel, bas salaires, manque de protection des syndicats, invisibilisation, etc...) tendent à s'étendre à l'ensemble de la population. Nous sommes face à une situation qui sera celle d'un "devenir-migrant" du travail.

0.3. DEVENIR CYBORG : TECHNOLOGIES ET COMMUNICATION

Des définitions du monde contemporain en tant que société de l'information et société en réseau nous sont proposées. Ces propositions sont centrées sur l'importance des communications et des technologies de l'information dans la culture, la société et l'économie des dernières décennies du 20ème siècle. Les technologies en réseau ont conduit à des changements radicaux de tous les aspects de nos vies : espace et temps, rapports sociaux, notre manière d'être dans le monde.

Cependant, l'état actuel de la société de l'information n'est pas le résultat d'un destin inexorable, mais le produit de l'ingéniosité et des conflits d'une multitude de créateurs et d'agents qui participent à la construction de ces nouveaux mondes. Cette condition d'auto-construction continue est ce que nous appelons "devenir".

Les technologies d'information et de communication ne sont pas un détail et un secteur isolé. Plutôt, comme le terme de "société de l'information" le suggère, elles croisent et imprègnent presque tous les processus contemporains : d'un corps connecté par téléphone portable, à l'approvisionnement des marchés par des réseaux logistiques globaux et la retransmission satellite de la télévision dans les régions les plus isolées. Nous employons le terme "cyborg" en référence à cette nouvelle multiplicité écologique dans laquelle des corps, à la fois individuels et sociaux, sont continuellement reliés à des réseaux de machines qui fonctionnent comme des extensions mentales ou physiques, et les relient activement au monde.

Des peurs familières surgissent sur ce nouveau territoire, sous la forme de la société de contrôle et de la mondialisation capitaliste, mais est aussi ce qui fait de nouvelles opportunités de liberté et d'émancipation, qui peuvent être trouvées dans le plan de la condition contemporaine. Explorer ces potentiels et construire une coopération sociale, des biens immatériels et de nouvelles formes est ce que nous appelons "devenir-cyborg".
La liberté - de communication, d'accès et de distribution du savoir - est l'une des façons dont nous définissons la base de nombreux projets de recherche, de création et d'éducation développés à partir des réseaux créés à Fadaiat. Ces projets se sont construits à partir du logiciel libre, du copyleft, de la démocratisation de l'accès aux ressources d'Internet, des espaces numériques pour le travail collaboratif et des réseaux wifi communautaires, entre autres.

1. PROCESSUS DE COALITION

Le projet d'un Observatoire Technologique du Détroit est issu d'un processus d'échange et d'expérimentation rythmé par de nombreuses rencontres au cours de ces dernières années. Certaines des principales questions en jeu telles que discutées ici, se recoupent ou se croisent, et ainsi des hypothèses communes ont émergé de ce processus de discussion collective et de pratique théorique. Il est difficile de compter et localiser toutes les étapes de ce parcours nomade. Conférences, ateliers, réunions ou tchats, fêtes, conversations dans des contextes divers, mobilisations, travail d'édition en ligne et commentaires, téléphones. Ce sont des parcours collectifs et des parcours individuels qui convergent à Fadaiat et dans ce projet d'Observatoire dont nous pouvons retracer les lignes dans ce récit, où les expériences sont toujours plus que ce que nous pouvons en transmettre. Pour nous, tous ces moments ont des dimensions affectives et des intensités qui ne peuvent être inversées.

1.1. L'HYPOTHESE D'UN INDYMEDIA TRANSFRONTALIER

L'un des moments de catalysation de ce processus d'élaboration du projet d'un Observatoire Technologique du Détroit est la création d'Indymédia Estrecho. Au milieu du mouvement global de mobilisation contre la guerre en Irak, autour de mars 2003, un groupe d'activistes des médias sévillan lance un appel pour l'ouverture d'un nouvel indymedia. Des activistes de Jerez, de Málaga et de Grenade se sont joints, avec qui nous avions déjà travaillé et fait ensemble l'expérience d'autres plateformes du réseau Indymedia. L'expérience que nous en avions avait atteint une masse critique qui a soutenu un processus de progression rapide, et le nouvel Indymedia était en fonctionnement en juin 2003. Cette initiative de départ a jeté les bases des projets de Fadaiat et d'un Observatoire Technologique du Détroit. Cette première étape, riche et complexe dans le contexte de la première crise de fond du modèle Indymedia ouvrait sur un projet avec des aspirations novatrices. Tout d'abord, l'idée de construire une "autre" plateforme qui relierait les deux rivages du détroit du Gibraltar - connu sous le nom de Madiaq au Maroc. Cette idée de franchir la frontière et de produire des espaces par une association communicationnelle contre la production de la peur a pris de l'ampleur lors des réunions d'Indymedia Estrecho, et d'ateliers à Tanger, Larache et Alhucemas. Cette idée, peu à peu confirmée devait concevoir Indymédia non pas seulement comme un outil alternatif d'information ou de contre-information mais aussi comme un espace de production biopolitique dans un sens plus large. Avec GISS/al-jwarizmi(1) le projet est également devenu, plus de trois ans plus tard, une véritable plateforme multimédia.

1.2. CROISEMENTS : TISSER/RECOMBINER

Parmi les groupes à l'initiative d'Indymedia Estrecho, Hackitectura a contribué à certaines des expériences pilotes de cette construction. Quelque part autour de 1999, Hackitectura ainsi qu'un autre groupe connu sous le nom de Wewearbuildings, faisaient l'expérimentation de l'intégration d'outils de communication, en particulier le streaming vidéo, dans des espaces urbains pour créer des interfaces participatives dans la ville (Tank, dispositif autonome de projection d'images, actions contre la démolition du parking de La Alameda à Séville) et se sont joints à diverses actions globales (Borderhack 2002, Tijuana). En 2003, ils ont réalisé une série d'installations urbaines : Dissident okupa future city(2) à Corvera, Asturies, dans la gare de trains à grande vitesse inachevée de La Cartuja à Séville, où les premières expériences de réseaux wifi ouverts et logiciel libre se sont déroulées. Plusieurs des collectifs qui co-organiseront plus tard Fadaiat ont participé à ces projets. En septembre 2003 Hackitectura organisait La Multitud Conectada à La Rábida (Huelva) dans le cadre de Reunión03(3), qui réunissait des artistes et des activistes d'Andalousie et d'ailleurs et qui a constitué le noyau du réseau actuel : Séville, Malaga, Barcelone, Madrid... L'année suivante, Fadaiat : Transacciones(4) se tenait avec le slogan "Liberté de savoir/de circulation", puis à Fadaiat 2005, la "Borderline Academy"(5). Hackitectura a aussi activement participé à de nombreux événements altermondialistes : Evian03, WSIS We Seize (Geneva03), Neuro, le Forum Social Européen de Londres, etc. et renforcé des contacts avec d'autres groupes en Europe qui travaillent dans les mêmes domaines et qui se rassemblent dans des projets ambitieux avec une plus grande portée sociale.

Le centre social de la Casa de Iniciativas, le collectif Entránsito et Rizome (tous de Malaga) sont d'autres expériences collectives qui ont contribué à ce processus. La manière dont la Casa de Iniciativas a soutenu les luttes pour les droits des migrants au cours de ces dernières années - en participant aux assemblées publiques, en créant des groupes de soutien notamment d'information, communication, et conseil - qui impliquait un rapport de migrants-à-locaux consolidé par le contact quotidien et le partage de savoirs et d'expériences jusqu'à la production d'espaces communs. Certains des parcours amorcés au cours de ces années sont aussi celle d'une compréhension des espaces partagés et de l'organisation des réseaux sociaux dans la lutte pour de nouveaux droits citoyens et qui associent des processus locaux et européens (avec le réseau Noborder, les Border Camps - Tarifa 2001, Strasbourg 2002... - les luttes contre les centres de rétention en Italie et en Espagne, les forums sociaux, le réseau européen Frassanito). Vers la fin 2004, le collectif Entránsito, prenait l'action-recherche militante comme outil principal de pensée et d'action dans les mouvements sociaux, s'identifiant avec la démarche de "walking and asking" proposée par les Zapatistes. Entránsito essayera de faire retour, et d'étudier, de cartographier et trouver de nouvelles façons de penser collectivement à partir des pratiques et de réfléchir sur elles, et de rendre compte de nouvelles voies à partir de telles expériences.

Le collectif Rizoma, est un groupe qui lui fonctionne, réfléchit et travaille autour de sujets de recherche qui concernent divers aspects de la ville et du territoire (techniques urbaines, sociales, culturelles). Travaillant la plupart du temps dans des cadres universitaires (Escuela de Arquitectura à Grenade), le groupe a organisé diverses dérives situationnistes avec des groupes d'étudiants afin d'explorer et étudier les phénomènes urbains de la ZoMeCS (Zone Métropolitaine de la Costa del Sol). Rizoma a travaillé sur le développement de méthodes collaboratives au sein du débat public, suivant une démarche constructive d'un processus de citoyenneté.

Enfin, le Straddle3 à Barcelone, est un espace consacré à l'exploration des nouvelles pratiques sociales dans le travail à l'intersection de deux champs professionnels - l'architecture et les nouveaux médias. Lié à ce collectif est le projet "Context", un observatoire des cultures émergentes qui se donne pour objectif de dépasser des contradictions entre des dimensions culturelles traditionnelles. "Context" maintient un blog critique et pertinent de l'actualité. Le blog de "Context" filtre, référence et articule une lecture de l'actualité, et adopte un point de vue global qui se sert de paradigmes contradictoires pour construire une plateforme d'expérimentation du web sémantique, des réseaux peer-to-peer et de la nouvelle génération des technologies dites ubiquitaires.

1.3. HETEROTOPIE DU DETROIT

En octobre 2004 divers groupes de ce réseau se sont réunis pour porter une proposition pour l'appel à projets et prix du Castillo de Santa Catalina à Tarifa. Le château, construit dans les années 20 sur la plage et qui fait face à la côte africaine, avait été un centre météorologique d'observation de la marine et était dans un état délaissé. Le projet proposait d'utiliser ce château comme un observatoire technologique du détroit, une infrastructure qui permettrait à Fadaiat de se développer dans un contexte stable. Elle devait être un laboratoire éducatif, culturel et technologique, dont une plage wifi. Malgré de nombreux soutiens, dont celui de Leonardo/ISASTS, nous sommes arrivés seconds aux résultats du concours. En collaboration avec le Département Culture du Conseil Municipal, qui était intéressé par notre projet, nous avons sans succès essayé de négocier avec l'équipe décisionnaire, principalement tournée vers une politique de développement du tourisme.

Nous avons donc du revoir notre projet. Fadaiat 2005 a ainsi comporté un atelier participatif de conception d'un Plan Stratégique pour l'Observatoire Technologique du Détroit, et les conclusions de cet atelier constituent un partie des sources de cette édition. Le besoin de considérer d'un oeil neuf les possibilités d'implantation de notre projet d'Observatoire nous a naturellement amené à le reconsidérer dans notre rapport avec l'espace pendant ces dernières années. C'est ainsi que nous en sommes venus à considérer et redéfinir l'Observatoire comme un dispositif nomade, qui s'installe temporairement sur des sites différents et fonctionne comme un catalyseur et un émetteur, qui peut être mis en fonctionnement à Tarifa mais aussi à Tanger, à Barcelone et n'importe où où désirs collectifs, savoirs et mouvements nous portent. Nous ne voulons pas, par cette décision, renoncer à aucune possibilité d'installation d'un laboratoire et d'une infrastructure stable sur la frontière ; persister dans le potentiel de ce projet nous porte dans notre travail.

2. REDEFINITION

2.1. DECENTRALISATION ET PRESENCE MULTIPLE

Actuellement, la connectivité sur toutes les distances est un facteur important pour la production d'espaces où se rassembler et discuter ; souvenez-vous que nous vivons, et vivrons de plus en plus dans une réalité augmentée, le produit de la rencontre de l'espace géographique et du cyberespace.

L'auteur ce livre est un cyborg multiple, a-centralisé, dont les processus de vie manquent de localisation spatiale et de modèles temporels organisés ; une activité continue qui est occasionnellement enregistrée, à n'importe quel moment particulier, comme une sorte de miroir partagé accessible à tous. La transversalité est produite sur le plan horizontal de l'espace productif de ces réseaux, et sur chaque terminal - qui connectent des cyberespaces et des espaces géographiques - et dans nos relations sociales, nos contacts personnels directs.
Les technologies d'information et de communication (TIC) ont produit une nouvelle dimension et un nouveau genre d'espace public qui hybride espaces traditionnels et virtuels. Comme une prothèse extrêmement puissante, ces technologies sont mises au service d'une technologie sociale qui en retour conduit à d'importantes transformations.

2.2. NOUVEAUX OUTILS, DISPOSITIFS ET RESSOURCES TECHNIQUES

Pour maintenir le développement de nos activités et projets, nous employons diverses ressources et outils techniques. Nous avons un serveur multimédia avec un système de gestion de contenu opéré par le logiciel tiki-wiki (Observatorio.fadaiat.net). La coordination des projets est réalisée en réseau et la coordination interne de l'association, celle de l'événement annuel Fadaiat, des activités d'édition, de traduction, et de maintien du site, via plusieurs listes de discussion (Media-Lab, Tansik, Tarjama, Cartac). Deux canaux de tchat ont été également utilisés, Indymédia Madiaq et Fadaiat-Lab sur Freenode. Le site web Fadaiat.net, en ligne depuis le printemps 2004, est l'interface publique du projet. Il existe également la liste de discussion ouverte Fadaiat-Akhbar, qui relaie les informations concernant l'événement annuel.

Ces outils ont permis à des rédacteurs, à des traducteurs et à des correcteurs de travailler depuis de multiples localisations : Malaga, Séville, Tanger, Barcelone, Madrid, Gijón, México DF, Stockholm, Valence, Bologne, Beyrouth, Damas, Oviedo, Vienne...

2.3. UN ESPACE PUBLIC DE CREATIVITE DISTRIBUEE

Tous ces processus sont ouverts aux modifications de tous les agents qui y participent. C'est ici que l'idée d'open source s'étend et s'approfondit dans un cas de ce qu'on pourrait appeler de technologie sociale inverse, et qui affecte des technologies sociales qui ne sont habituellement pas visibles.

Les activités de l'Observatoire Technologique du Détroit se situe dans des flux d'échelle globale et locale avec des allers et retours productifs des relations entre elles, et aujourd'hui cette communauté productive s'adresse délibérément à un public plus large, pas simplement celui conventionnel composé des lecteurs de ce récit et de ceux qui ont contribué à le créer, mais bien un public global.

Autre chose est à ajouter qui est rarement pris en considération : ce récit a été sujet à des négociations, certaines dimensions en ont été exclues, d'autres développées, ou ont pu être des déclencheurs de résultats conceptuels validés par tous les participants. Cette interdépendance continue encourage toutes sortes de rapports inter-subjectifs, et tandis que certains en sont conflictuels, ils se traduisent le plus fréquemment en compositions opérantes extrêmement efficaces ; et au delà, à des rapports affectifs conduisant à des liens stables. Une machine d'idées, un rhizome sans hiérarchies ou des organismes stables, où l'information est propagée par contagion, par mimésis, dans son intérieur et au loin de ses frontières diffuses, débordant et rendant obsolètes les canaux traditionnels et rigides des dispositifs organisés.
Ce récit et tout ce qu'il contient joue un rôle important et irremplaçable, mais il est seulement un fragment d'un processus qui va bien au delà en termes de temps et de matière à réflexion. Ici il ouvre de nouveaux "devenirs" possibles qui étaient de simples conjectures avant de les mettre par écrit ; c'est une ligne avec une autonomie relative qui court parallèlement à d'autres projets relativement autonomes et qui permet des échanges fructueux entre eux, qui ouvrent chacun à leur tour à l'opportunité de nouveaux projets.

Au travers de ce processus, et particulièrement dans le travail de co-écriture de ce récit, nous voulons contribuer à la production de nouveaux espaces d'hybridation sociale et technologique, et de nouveaux parcours continuellement à réinventer.

(1) aljwarizmi est un projet média-tactique de vidéo en réseau.

Fadaiat, Technological Observatory of The Straight
Libertad de movimiento + Libertad de conocimiento, septembre 2006
http://estrecho.indymedia.org
http://fadaiat.net