La mise au pas des médias

Mi-septembre, on apprenait le projet de privatisation de l’AFP, pudiquement dénommée « ouverture du capital ». Il s’agirait de remettre entre les mains de Vincent Bolloré, ou de Bouygues, ou de Lagardère – « un actionnaire clairement identifié » –, cette grande agence de service public, « pour garantir son indépendance »...
Simultanément, il est question de supprimer la publicité sur les chaînes de télévisions publiques – réservant la manne publicitaire à TF1 et M6. Gros cadeau aux amis. Avec le risque annoncé d’une paupérisation des chaînes publiques.

Quant aux radios, l’installation de la radio numérique se fait dans de telles conditions que, loin d’augmenter leur diversité, c’est à la disparition des dernières radios libres qu’il faut s’attendre, les conditions d’accès à ce nouveau mode de diffusion s’avérant prohibitives pour les radios associatives.
Dans le même temps, début octobre, se sont ouverts, à l’Élysée, des « États généraux de la presse » – qui regroupent essentiellement quelques éditeurs proches du pouvoir –, pour redéfinir les conditions d’existence de la presse écrite. Avec l’objectif déclaré de faire de la place chez les marchands de journaux au bénéfice de quelques grands groupes « de taille internationale ». Là, il est question de modifier en profondeur aussi bien la fiscalité que les règles de la distribution, afin de permettre une « réduction de l’offre » – soit moins de concurrence pour ces grands groupes…
Dans ce contexte, internet apparaît comme un des rares espaces d’expression libre qui demeure. Mais, là aussi, il est question de privilégier des sites d’informations institutionnels – qui seraient assimilés à la presse écrite –, quitte à instaurer un système de concurrence déloyale au bénéfice de certains.
Faut-il que la présidence de la République soit pressée ! En quelques mois, c’est l’ensemble de ce qu’on appelle le « 4ème pouvoir » – supposé fonctionner comme un contre-pouvoir – qu’il est question de réorganiser, dans le but non dissimulé de renforcer les médias intitutionnels sur lesquels le pouvoir sait qu’il peut compter.
C’est d’un véritable coup d’état qu’il s’agit.
Mettre les médias au pas, pour s’assurer qu’il n’y ait plus de critique possible.

Association des cyberjournalistes, novembre 2008