Subtextes

Point 11 de l'épilogue du Grand dégoût culturel

Alain Brossat

11.
Art et culture sont bien « la même chose », mais aux conditions d'une absolue hétérogénéité. La culture commence sa carrière au coeur de l'art, là où Éluard enseigne à Char l'art de fabriquer de jolis manuscrits raturés de ses poèmes afin d'améliorer ses revenus, elle la poursuit là où Breton devient collectionneur et marchand de tableaux, elle la parachève quand Dalì devient une marque déposée. Mais ici, plus qu'en toute autre configuration, le même est l'autre.
Une pratique artistique qui ne se pense qu'aux conditions de la culture voit ses propres fins lui échapper. Elle se trouve alignée sur le modèle général de la production ou de la fabrication et du travail. Elle se coupe d'avance de la possibilité de faire événement, de produire des déplacements imprédictibles.

"Nous sommes une oeuvre d'art vivante sans droits d'auteur"

Nous, jeunes artistes et chercheurs, étudiants à Paris 8, précaires, etc., participants au Forum des droits et libertés, UFRØ, nous sommes invités à déjeuner ce jeudi 11 décembre 2008 avec Mme la Ministre Christine Albanel présente à Paris 8 à l'occasion d'une journée de présentation du projet Grand Paris, initié par Roland Castro de l'ancienne commission Culture & Créativité du mouvement du 22 mars.

Après avoir demandé le silence, nous nous sommes déclarés et avons déclaré l'assistance être une oeuvre d'art vivante sans droits d'auteur, en signe de protestation contre la loi Création et Internet, défendue et portée par le gouvernement et le Ministère de la Culture et de la Communication.

Il y a des dizaines voire des centaines de milliers de personnes...

Marina Nebbiolo

Contre-conférence : Pouvez-vous nous présenter Global Project, et le type de rapport entre action et communication qui y a été développé, qui serait un point de départ d'une approche du travail de Global Project ? Global Projet est un projet qui fonctionne par immersion dans les mouvements sociaux. Quelle conception de la communication en est-il ressorti ?

Marina Nebbiolo - Global Project a émergé de la cohésion d'une expérience sociale, celle des centres sociaux du nord-est de l'Italie, et de celle des technologies, dans la continuité de l'expérience des radios libres, de Radio Sherwood, née dans les mouvements sociaux des années 70.

Notre subjectivité

Mckenzie Wark

Contre-conférence - Nous avons été très intéressés par la façon dont vous décrivez l'intégration en un seul secteur de celui des industries culturelles et informationnel, et du processus de sécurisation qui suit cette intégration, de la naturalisation dont ça fait l'objet. Qu'en serait-il d'une critique de cette naturalisation ? C'est une question dont nous voudrions proposer de parler ici. Haraway écrit que la nature était construite par les sciences, qui elles-mêmes pourraient être toujours comprises comme relevant d'une doctrine, d'une idéologie.

Les fantômes collectifs et le féodalisme de la société de l'information

Luther Blissett

L’œuvre pseudonyme est celle de l’auteur « en sa propre personne », moins la signature de son nom ; l’œuvre hétéronyme est celle de l’auteur « hors de sa personne », elle est celle d’une individualité totalement fabriquée par lui, comme le seraient les répliques d’un personnage issu d’une pièce de théâtre quelconque écrite de sa main.
PESSOA Fernando, in revue Presença de décembre 1928, in Sur les hétéronymes, op. cit., p. 9.

Dans les années 90, une certain nombre d'expériences d'usage de nom collectif, tels que l'ont pratiqué les Luther Blissett, avait pour ambition d'enrichir d'une dimension tactique, une pratique de l'anonymat ou de l'hétéronymie déjà largement explorée auparavant par Cravan, Traven, Pessoa ou d'autres.

L'art sans identité d'art

Jean-Claude Moineau

À ne pas confondre avec l’art sans art, l’art sans identité d’art en est comme le dual. Là où l’art sans art est art sans intention d’art, engendré, du moins dans son occurrence la plus canonique, par l’attention d’art que lui porte le « regardeur », l’art sans identité est un art qui procède bien d’une intention d’art mais qui ne requiert aucune attention en tant qu’art, qui « agit » d’autant mieux qu’il n’est pas identifié comme tel.
Alors que l’art sans art est paradigmatiquement un art sans artiste, l’art sans identité est un art sans public qui, tirant les conséquences de l’effondrement de l’espace public qui avait vu historiquement émerger le public au sens moderne du mot, vient modifier en profondeur une nouvelle fois la réception de l’art puisque, au lieu d’exiger une réception artistique, il sollicite une réception non artistique.

PCCP - Pan Con Cola Producciones

César Portilla et Gabriela Ribadeneira

Notre intérêt pour les Arts Visuels se situe là où nous pouvons reconnaître dans la pratique artistique un potentiel de questionnement ou de subversion de l’ordre donné des choses. De là, l’exercice artistique devrait s’organiser en tant qu’espace de positionnement politique, d’exercice critique et de construction de points de vue. L’art donc, devrait être entendu non seulement en tant qu’espace d'énonciation ou espace de la pensée mais aussi en tant qu’espace de circulation du désir où l’artiste pourrait sortir de ses obsessions et des tréfonds de lui-même.

Le Théâtre de l'Opprimé est la répétition de la révolution

Julian Boal - Je fait partie du groupe Ambaata qui fait du théâtre de l'Opprimé et qui cherche à construire un mouvement du théâtre de l'Opprimé en France.
Le théâtre de l'Opprimé a été inventé au Brésil dans les années 60 et ce qui est important de savoir est que ce théâtre n'a pas été inventé par un poète dans sa tour d'ivoire, mais a été inventé à un moment de lutte.
Qu'étaient les luttes concrètes de ce moment ? En avril 64 au Brésil avait lieu un coup d'état, et une lutte contre ce coup d'Etat. Une partie de la population prenait part à cette lutte, des artistes également. Parmi ces artistes, celui qui allait être l'inventeur du théâtre de l'Opprimé, et qui allait être mon père par ailleurs, Augusto Boal.

Le Théâtre de l'Opprimé

Julian Boal

On m’a rapporté une phrase de Godard où il dit qu’il ne cherche pas tant à faire du cinéma politique qu’à faire politiquement du cinéma.

Je dois avouer que, dans le champ du cinéma, je ne comprends pas trop cette phrase, par contre dans celui du théâtre, c’est à mon avis une illustration parfaite de ce que voudrait le Théâtre de l’Opprimé d’Augusto Boal, mon père. Il ne suffit pas pour Augusto Boal d’aborder un sujet politique pour faire du théâtre politique, encore faut-il radicalement transformer les conventions mêmes du théâtre.

L'attitude qui semble la plus raisonnable face à l'art...

Julian Boal

L’attitude qui semble être la plus raisonnable face à l’art, et a fortiori face à un art qui se veut engagé, politique, militant (1), est une certaine méfiance. L’art partage trop de son champ sémantique, de ses concepts, avec une certaine façon de faire la politique pour être au dessus de tout soupcon aux yeux de celui qui cherche à faire évoluer la société. Charisme, présence, aura, capacité d’exprimer le désir des foules et de les émouvoir: tout ces mots et ces expressions peuvent être utilisés tant pour caractériser l’artiste que pour définir le tyran, tant pour Céline Dion que pour Franco.